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Avril brisé

Ismail Kadaré

Genre : Roman

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Lire le résumé du livre d'occasion Avril brisé de Ismail Kadaré sur Bibliopoche Un coupé sombre et silencieux, tout tapissé de velours noir, emporte une jeune femme, belle comme une fée, sur les routes de montagnes. Son mari, un écrivain, l'accompagne. C'est leur voyage de noce. Très vite cette promenade avec (amour devient promenade avec la mort. Très vite les routes qu'ils choisissent s'appellent -Grandes Routes des Cimes maudites, Route de l'Ombre, Route du Drin noir, Route mauvaise. Toutes portent l'empreinte de la malédiction et du malheur. Le malheur ici c'est la survivance de la vendetta. Avril brisé qui se situe pourtant au début du U~ siècle (on voit une fois un avion qui traverse le ciel) nous projette dans le Môyen Age. Sur les hauts plateaux d'Albanie les montagnards vivent encore selon les coutumes ancestrales du Kanun, recueil de lois parfois sublimes, parfois aussi cruelles et sanguinaires. Personne n'y échappe, sinon c'est le déshonneur. L'homme n'est pas obligé de se venger, dit le Kanun : « Libre à toi dé garder ta dignité d'homme, ou de la perdre. » C'est justement pour étudier ces sombres coutumes qu'un écrivain choisit de voyager dans cette région du Rrafsh. Il va à la rencontre des lieux maléfiques comme à un rendez-vous avec la mort. Il veut comprendre, et Ismail Kadaré avec lui, les mécanismes de ces croyances, en même temps il essaie de frôler le tragique, de pénétrer le royaume de la mort.
La mort, il la rencontre en effet, et sa femme avec lui, sous les traits "de Pjorg, un jeune montagnard. Le garçon vient de venger son frère en tuant le meurtrier (le mort ne sera que la 44, victime d'une vendetta qui dure déjà depuis 70 ans!). Devenu assassin à son tour il est donc la proie du nouveau vengeur. Mais selon la loi, il bénéficie d'une trêve de trente jours durant laquelle il doit payer « l'impôt du sang » - car bien sûr tant d'horreurs et de crimes ne peuvent qu'enrichir un tout-puissant seigneur de la région, celui-là même qui entretient de telles coutumes. Gjorg ensuite doit tenter d'échapper à ses poursuivants en se réfugiant dans les tours de claustration réservées aux seuls parias... Mais auparavant c'est parce que le regard de Gjorg a croisé celui de la femme de l'écrivain que Kadaré fais basculer son récit dans la fatalité. L'écrivain venu là pour étudier ces droits coutumiers qui régissent la vie et la mort des montagnards va lui aussi payer son tribut. Il a cru qu'on pouvait impunément se mêler de « ces histoires » et en ressortir intact. Son tribut, ce sera sa femme. Elle si tendre, si douce, si attentive, va commettre un geste fou, celui de pénétrer dans une tour de claustration, bravant là un interdit ancestral. A la fin du roman, elle est devenue cet être étrange, détaché, aliéné, vidé de tout sentiment, absent de toute émotion, « un simple corps qui aurait laissé son âme là-haut ».
Dans toute son oeuvre, Kadaré cherche à approcher et à comprendre la vie de son pays. Ses livres tiennent à la fois de l'histoire, du conte, de la chronique, du récit ethnologique. Kadaré ne juge pas, il raconte. Et il a matière à cela. L'invasion et la tyrannie des Turcs, les résistances et les révoltes albanaises lui inspirent Les Tambours de la pluie, l'envahissement de son pays par les Grecs, les Italiens et pour finir les Allemands le ramène à la dernière guerre, et ce sont les Chroniques de la aille de pierre. Avec Le Grand Hiver et Le Cluscule des Dieux de la steppe, il traite de l'actualité. Les deux livres s inspirent de la rupture de l'Albanie avec l'Union Soviétique en 1960-1961. En France,, sept livres d'Ismail Kadaré sont traduits et, fait à peu près unique dans l'édition, les romans de l'écrivain albanais arrive t directement traduits. Et bien traduits. Il faudrait citer également Le Pont aux trois arches, sorte de chronique racontée par un moine qui vécut au Rive siècle et le très célèbre Général de l'armée morte. Il a publié aussi des recueils de Poèmes : Mon siècle, A quoi pensent ces montagnes, Motifs au soleil, et un livre d'essais
Autobiographie du peuple en vers.
Mais qui est au juste Ismail Kadaré? Un écrivain qui pourrait bien un jour avoir le Priai Nobel? Mais encore?... On sait si peu de choses sur lui. Kadaré est insaisissable et impénétrable. Il n'est jamais là où on l'attend. Sur lui, comme sur son pays, c'est le silence. L'un et l'autre restent seuls face au reste du monde. De biographie sur Kadaré, nous n'en avons pas. Quand il vient en France, cet écrivain au visage juvénile derrière les lunettes d'écaille, ne s'arrête jamais assez longtemps pour s'épancher sur son passé, ses goûts, sa formation, ses lectures, ses phobies ou ses découvertes. Kadàre est imprévisible. On a pourtant failli le voir en avril 1981. Il avait été invité à « Apostrophes ». Mais Bernard Pivot avait également convié William Styron, un écrivain américain. Kadaré s'est décommandé. Peut-être ne fallait-il voir là qu'une coïncidence:
Ce que nous reconnaissons de Kadaré, c'est une date et un lieu de naissance : 1936, Gjirokastër. Son père est facteur. Il fait des études supérieures à la Faculté de lettres de Tirana, puis à l'Institut Gorki à Moscou (séjour qu'il évoquera d'ailleurs dans Le Crépuscule des Dieux de la steppe). Il rentre en Albanie après la rupture de son pays avec FUR S. En Albanie, il est l'écrivain officiel il ne compte pas moins de 100000 lecteur, il est membre de l'Union des écrivains albanais et député au Parlement de Tirana. Et cependant il ne craint pas de dire ce qu'il pense. Il n'est pas tendre avec l'URSS, la bureaucratie, le catéchisme des dirigeants sans être pour cela un dissident. Il est totalement inséparable de l'aventure albanaise. Son pays, il l'aime jusque dans son lointain passé il l'aime dans son désarroi comme dans son courageux désir d'affranchissement. Il est le porte-parole d'un peuple qui a toujours eu à lutter contre l'envahisseur. Maître de la métaphore étude l'allégorie, Kadaré, à travers un style simple, sobre, concis, des images parfois hallucinantes aux frontières de la folie, tresse une large fresque historique et sociale de l'Albanie.
Nicole Chardaire
Source : Le Livre de Poche, LGF Lire le résumé du livre d'occasion Avril brisé de Ismail Kadaré sur Bibliopoche
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