- A l'époque, je voulais simplement gar
der des preuves que la connerie des gens qui se lancent dans le kidnappage est sans limite.
-
... ping ! - ... page !... Freddo !... Kidnappage : " Petit Robert ", page 961. On cause français oui ou merde !
- Tout à l'heure t'as dit " kidnapping ".
- Tout à l'heure je parlais américain. Nuance. Et puis ça suffit comme ça. Sais-tu seulement que la moyenne du temps qui s'écoule entre le moment où des ravisseurs piquent un gosse et celui où ils se font piquer est de trois jours et demi ?
- Yaka pas se faire prendre.
- Bravo ! Luigi. Et pour ça, qu'est-ce qu'il faut faire ?
- Ben...
Eh bien, y'a qu'à savoir tout ce qu'il ne faut pas faire et faire autre chose.
- Tout à l'heure t'as dis " kidnapping ".
Les romans qui racontent un enlèvement sont, dans la littérature policière, l'apanage des américains. Celui de P.J Perraut "Echec et rapt", qui date de 1974, oblige à relativiser la portée de cette appréciation. L'intrigue progresse sur un canevas plutôt original. Frustrés de n'avoir pu pleinement profiter d'un hold up réussi dont ils ont été les concepteurs mais pas les maîtres d'oeuvre, une bande de malfrats, mi pieds nickelés mi tontons flingueurs, décident de s'en prendre au responsable de ce forfait et de récupérer la mise en enlevant son fils contre rançon. Le butin du hold up fera l'affaire.Sauf que la victime du rapt s'avère, au final, être le rejeton du commissaire de police (le famaux commissaire 3 J) en charge d'élucider cette histoire de casse miraculeux.
Une fois posés ces jalons, l'affaire roule à vive allure, d'autant plus que l'auteur (peut être a-t-il fait partie de la grande maison) pimente son récit d'observations et d'incises qui respirent l'authenticité. On sent derrière tout ça le professionnel chevronné, rompu à toutes les astuces de ceux dont il organise incéssamment la traque.
On a droit aussi à une galerie de portraits tantôt rudes et tantôt enjoués, et le charme du livre est d'enchevêtrer les deux registres en mixant les tons de gravité et d'humour soupesé, dans le juste équilibre d'une narration sans graisse et sans fioriture qui ne s'autorise de digressions que pour mieux nous faire comprendre les états d'âme des truands ou des flics qui, de temps en temps, peuvent être les mêmes.
Ames sensibles ne pas s'abstenir! Car on a beau être plongé dans le monde interlope du mitan, l'auteur ne néglige jamais les épouses (les grandes sacrifiées du genre à l'exception de la série des Maigret). Du coup, le polar prend des accents familiaux d'autant mieux ressentis qu'ils viennent agréablement pondérer le machisme des gens du Milieu.
Voilà donc un trés agréable roman, conçu en séquences vives où alternent les scènes d'action et les épisodes plus intimistes. Le premier volet des enquêtes du commissaire 3 J au Fleuve et qui d'emblée oppose un démenti au premier mot de son titre.