Celui qui ne verrait dans Le Théâtre et son double qu'un traité inspiré montrant comment rénover le théâtre - bien qu'il y ait sans nul doute contribué -, celui-là se méprendrait étrangement.
C'est qu'Antonin Artaud, quand il nous parle du théâtre, nous parle surtout de la vie, nous amène à réviser nos conceptions figées de l'existence, à retrouver une culture sans limitation. Le théâtre et son double, écrit il y a un demi-siècle déjà, est une œuvre magique comme le théâtre dont elle rêve, vibrante comme le corps du véritable acteur, haletante comme la vie même dans un jaillissement toujours recommencé de la poésie.
"Le théâtre et son double" d'Antonin Artaud (qui inspirera plus tard un poète comme Jean-Pierre Duprey , auteur de "Derrière son double" qui rencontra le peintre Tony Fritz - Vilars, en 1946, à son atelier de Rouen, aujourd'hui disparu. Ce jeune poète,âgé de seize ans, qui veut rencontrer Artaud interné quelques années avant à l'hôpital psychiatrique de Sotteville-les-Rouen, lui emprunte le mot "double" de son titre. avec l'assentiment de ses amis Brenner et Fritz-Vilars.) est plus ...poestacle qu'intrinséquement spectacle.
Né du théâtre Balinais, le spectacle se fait ... poestacle dans ce livre. Son action roule sa boule à cris, bille en tête, comme bille d'un sifflet; ça pèse sur les nerfs ainsi mis à vif et sur notre tissu nerveux par trop sollicité par les contingeances. Par son action il tente d'effacer un théâtre à la Fedeau, avec ses portes qui claquent (invention de Robert Houdin qui le reçoit dans son prieuré de Blois). Houdin fait encore école à Las Vegas avec des magiciens comme Roy et ceux qui utilisent ses mêmes trucs du siècle dernier, les effets spéciaux en plus, qui ne sont guère plus "nouveau'x" que les siens quand il emploit, le premier, je crois, avant un anglais, l'électricité, à l'époque un grand poète vint assister à un de ses spectacles au 8, Boulevard des Italiens à Paris (Lequel théâtre sera revendu par son fils , après1870, à un certain Mélliès qui mettra au point, dans sa foulée,quelques astucieux trucscinématographiques) Lequel Houdin invente la "lampe électrique" avant la lettre et qui n'est en fait qu'une ovoïde de verre dans laquelle il obtient le vide nécessaire à son fonctionnement. Cette fée de l'électricité rencontre un magicien faiseur de mots, avec un éclairage extraordinaire cher à un romantique magicien s'il en est ! Ce magicien plait à Baudelaire, mais pas aux banquiers qui pensent que tout ce "ciné" n'a aucun avenir à part , peut - être, d'amuser quelques forains. De cet art forain trop formaté en un théâtre des conventions liée à une éducation de laquelle nous ne nous échappons guère et dont nous sommes le plus souvent la victime en tant que consommateur de culture interpellé par le "politiquement correct", que reste-t-il à offrir au spectateur?
De la poésie anxiogène, un moment chère aux surréalistes comme Breton qui pense à remplacer son secrétaire suicidé par Jean-Pierre Duprey qui se pendra lui-aussi après avoir lui avoir expédié son manuscrit "La fin et la manière" qui est, peut-être sur certains points plus humoristiquement noir que celle d' Artaud, bien que dans son oeuvre, très écrite, il ne prononce pas ce mot! Idem pour Artaud, mais dans l'oeuvre duquel, son esprit, le plus vif, demeure.